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soit le prince m�me qui les emploie, soit d'autres contre sa volont� ; s'ils ne le sont
pas, celui qu'ils servent est bient�t ruin�.
Si l'on dit que telle sera pareillement la conduite de tout autre chef, mercenaire ou
non, je r�pliquerai que la guerre est faite ou par un prince ou par une r�publique ; que
le prince doit aller en personne faire les fonctions de commandant; et que la r�pu-
blique doit y envoyer ses propres citoyens : que si d'abord celui qu'elle a choisi ne se
montre point habile, elle doit le changer; et que s'il a de l'habilet� elle doit le contenir
par les lois, de telle mani�re qu'il n'outrepasse point les bornes de sa commission.
L'exp�rience a prouv� que les princes et les r�publiques qui font la guerre par
leurs propres forces obtenaient seuls de grands succ�s, et que les troupes mercenaires
ne causaient jamais que du dommage. Elle prouve aussi qu'une r�publique qui
emploie ses propres armes court bien moins risque d'�tre subjugu�e par quelqu'un de
ses citoyens, que celle qui se sert d'armes �trang�res.
Pendant une longue suite de si�cles Rome et Sparte v�curent libres et arm�es ; la
Suisse, dont tous les habitants sont soldats, vit parfaitement libre.
Quant aux troupes mercenaires, on peut citer, dans l'antiquit�, l'exemple des Car-
thaginois, qui, apr�s leur premi�re guerre contre Rome, furent sur le point d'�tre
opprim�s par celles qu'ils avaient � leur service, quoique command�es par des
citoyens de Carthage.
1
Col gesso, mot d'Alexandre VI, qui signifie que le roi Charles n'avait eu rien de plus � faire qu'un
mar�chal des logis qui marquerait les logements sur les portes avec de la craie.
Nicolas Machiavel (1515) Le Prince 40
On peut remarquer encore qu'apr�s la mort d'Epaminondas, les Th�bains confi�-
rent le commandement de leurs troupes � Philippe de Mac�doine, et que ce prince se
servit de la victoire pour leur ravir leur libert�.
Dans les temps modernes, les Milanais, � la mort de leur duc Philippe Visconti, se
trouvaient en guerre contre les V�nitiens ; ils prirent � leur solde Francesco Sforza :
celui-ci, ayant vaincu les ennemis � Carravaggio, s'unit avec eux pour opprimer ces
m�mes Milanais qui le tenaient � leur solde.
Le p�re de ce m�me Sforza, �tant au service de la reine Jeanne de Naples, l'avait
laiss�e tout � coup sans troupes; de sorte que, pour ne pas perdre son royaume, cette
princesse avait �t� oblig�e de se jeter dans les bras du roi d'Aragon.
Si les V�nitiens et les Florentins, en employant de telles troupes, accrurent n�an-
moins leurs �tats, et si les commandants, au lieu de les subjuguer, les d�fendirent, je
r�ponds, pour ce qui regarde les Florentins, qu'ils en furent redevables � leur bonne
fortune, qui fit que, de tous les g�n�raux habiles qu'ils avaient et qu'ils pouvaient
craindre, les uns ne furent point victorieux ; d'autres rencontr�rent des obstacles ;
d'autres encore tourn�rent ailleurs leur ambition.
L'un des premiers fut Giovanni Acuto, dont la fid�lit�, par cela m�me qu'il n'avait
pas vaincu, ne fut point mise � l'�preuve ; mais on doit avouer que, s'il avait remport�
la victoire, les Florentins seraient demeur�s � sa discr�tion.
Sforza fut contrari� par la rivalit� des Braccio ; rivalit� qui faisait qu'ils se conte-
naient les uns les autres.
Enfin Francesco Sforza et Braccio tourn�rent leurs vues ambitieuses, l'un sur la
Lombardie, l'autre sur l'�glise et sur le royaume de Naples.
Mais voyons ce qui est arriv� il y a peu de temps.
Les Florentins avaient pris pour leur g�n�ral Paolo Vitelli, homme rempli de
capacit�, et qui, de l'�tat de simple particulier, s'�tait �lev� � une tr�s haute r�putation.
Or, si ce g�n�ral avait r�ussi � se rendre ma�tre de Pise, on est forc� d'avouer qu'ils se
seraient trouv�s sous sa d�pendance; car s'il passait � la solde de leurs ennemis, il ne
leur restait plus de ressource ; et s'ils continuaient de le garder � leur service, ils
�taient contraints de se soumettre � ses volont�s.
Quant aux V�nitiens, si l'on consid�re attentivement leurs progr�s, on verra qu'ils
agirent heureusement et glorieusement tant qu'ils firent la guerre par eux-m�mes,
c'est-�-dire avant qu'ils eussent tourn� leurs entreprises vers la terre ferme. Dans ces
premiers temps, c'�taient les gentilshommes et les citoyens arm�s qui combattaient ;
mais, aussit�t qu'ils eurent commenc� � porter leurs armes sur la terre ferme, ils
d�g�n�r�rent de cette ancienne vertu, et ils suivirent les usages de l'Italie. D'abord, et
dans le principe de leur agrandissement, leur domaine �tant peu �tendu, et leur
r�putation tr�s grande, il eurent peu � craindre de leurs commandants ; mais, � mesure
que leur �tat s'accrut, ils �prouv�rent bient�t l'effet de l'erreur commune : ce fut sous
Carmignuola. Ayant connu sa. grande valeur par les victoires remport�es sous son
commandement sur le duc de Milan, mais voyant, d'un autre c�t�, qu'il ne faisait plus
que tr�s froidement la guerre, ils jug�rent qu'ils ne pourraient plus vaincre, tant qu'il
vivrait ; car ils ne voulaient ni ne pouvaient le licencier, de peur de perdre ce qu'ils
Nicolas Machiavel (1515) Le Prince 41
avaient conquis, et en cons�quence ils furent oblig�s, pour leur s�ret�, de le faire
p�rir.
Dans la suite, ils eurent pour commandant Bartolommeo de Bergame, Roberto da
San Severino, le comte de Pittigliano, et autres capitaines semblables. Mais tous don-
n�rent bien moins lieu d'appr�hender de leurs victoires, que de craindre des d�faites
semblables � celle de Vail�, qui, dans une seule journ�e, fit perdre aux V�nitiens le
fruit de huit cents ans de travaux ; car, avec les troupes dont il s'agit, les progr�s sont
lents, tardifs et faibles, les pertes sont subites et prodigieuses.
Mais, puisque j'en suis venu � citer des exemples pris dans l'Italie, o� le syst�me
des troupes mercenaires a pr�valu depuis bien des ann�es, je veux reprendre les cho-
ses de plus haut, afin qu'instruit de l'origine et des progr�s de ce syst�me, on puisse
mieux y porter rem�de.
Il faut donc savoir que lorsque, dans les derniers temps, l'empire eut commenc� �
�tre repouss� de l'Italie, et que le pape eut acquis plus de cr�dit, quant au temporel,
elle se divisa en un grand nombre d'�tats. Plusieurs grandes villes, en effet, prirent les
armes contre leurs nobles, qui, � l'ombre de l'autorit� imp�riale, les tenaient sous
l'oppression, et elles se rendirent ind�pendantes, favoris�es en cela par l'�glise, qui
cherchait � accro�tre le cr�dit qu'elle avait gagn�. Dans plusieurs autres villes, le [ Pobierz całość w formacie PDF ]
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soit le prince m�me qui les emploie, soit d'autres contre sa volont� ; s'ils ne le sont
pas, celui qu'ils servent est bient�t ruin�.
Si l'on dit que telle sera pareillement la conduite de tout autre chef, mercenaire ou
non, je r�pliquerai que la guerre est faite ou par un prince ou par une r�publique ; que
le prince doit aller en personne faire les fonctions de commandant; et que la r�pu-
blique doit y envoyer ses propres citoyens : que si d'abord celui qu'elle a choisi ne se
montre point habile, elle doit le changer; et que s'il a de l'habilet� elle doit le contenir
par les lois, de telle mani�re qu'il n'outrepasse point les bornes de sa commission.
L'exp�rience a prouv� que les princes et les r�publiques qui font la guerre par
leurs propres forces obtenaient seuls de grands succ�s, et que les troupes mercenaires
ne causaient jamais que du dommage. Elle prouve aussi qu'une r�publique qui
emploie ses propres armes court bien moins risque d'�tre subjugu�e par quelqu'un de
ses citoyens, que celle qui se sert d'armes �trang�res.
Pendant une longue suite de si�cles Rome et Sparte v�curent libres et arm�es ; la
Suisse, dont tous les habitants sont soldats, vit parfaitement libre.
Quant aux troupes mercenaires, on peut citer, dans l'antiquit�, l'exemple des Car-
thaginois, qui, apr�s leur premi�re guerre contre Rome, furent sur le point d'�tre
opprim�s par celles qu'ils avaient � leur service, quoique command�es par des
citoyens de Carthage.
1
Col gesso, mot d'Alexandre VI, qui signifie que le roi Charles n'avait eu rien de plus � faire qu'un
mar�chal des logis qui marquerait les logements sur les portes avec de la craie.
Nicolas Machiavel (1515) Le Prince 40
On peut remarquer encore qu'apr�s la mort d'Epaminondas, les Th�bains confi�-
rent le commandement de leurs troupes � Philippe de Mac�doine, et que ce prince se
servit de la victoire pour leur ravir leur libert�.
Dans les temps modernes, les Milanais, � la mort de leur duc Philippe Visconti, se
trouvaient en guerre contre les V�nitiens ; ils prirent � leur solde Francesco Sforza :
celui-ci, ayant vaincu les ennemis � Carravaggio, s'unit avec eux pour opprimer ces
m�mes Milanais qui le tenaient � leur solde.
Le p�re de ce m�me Sforza, �tant au service de la reine Jeanne de Naples, l'avait
laiss�e tout � coup sans troupes; de sorte que, pour ne pas perdre son royaume, cette
princesse avait �t� oblig�e de se jeter dans les bras du roi d'Aragon.
Si les V�nitiens et les Florentins, en employant de telles troupes, accrurent n�an-
moins leurs �tats, et si les commandants, au lieu de les subjuguer, les d�fendirent, je
r�ponds, pour ce qui regarde les Florentins, qu'ils en furent redevables � leur bonne
fortune, qui fit que, de tous les g�n�raux habiles qu'ils avaient et qu'ils pouvaient
craindre, les uns ne furent point victorieux ; d'autres rencontr�rent des obstacles ;
d'autres encore tourn�rent ailleurs leur ambition.
L'un des premiers fut Giovanni Acuto, dont la fid�lit�, par cela m�me qu'il n'avait
pas vaincu, ne fut point mise � l'�preuve ; mais on doit avouer que, s'il avait remport�
la victoire, les Florentins seraient demeur�s � sa discr�tion.
Sforza fut contrari� par la rivalit� des Braccio ; rivalit� qui faisait qu'ils se conte-
naient les uns les autres.
Enfin Francesco Sforza et Braccio tourn�rent leurs vues ambitieuses, l'un sur la
Lombardie, l'autre sur l'�glise et sur le royaume de Naples.
Mais voyons ce qui est arriv� il y a peu de temps.
Les Florentins avaient pris pour leur g�n�ral Paolo Vitelli, homme rempli de
capacit�, et qui, de l'�tat de simple particulier, s'�tait �lev� � une tr�s haute r�putation.
Or, si ce g�n�ral avait r�ussi � se rendre ma�tre de Pise, on est forc� d'avouer qu'ils se
seraient trouv�s sous sa d�pendance; car s'il passait � la solde de leurs ennemis, il ne
leur restait plus de ressource ; et s'ils continuaient de le garder � leur service, ils
�taient contraints de se soumettre � ses volont�s.
Quant aux V�nitiens, si l'on consid�re attentivement leurs progr�s, on verra qu'ils
agirent heureusement et glorieusement tant qu'ils firent la guerre par eux-m�mes,
c'est-�-dire avant qu'ils eussent tourn� leurs entreprises vers la terre ferme. Dans ces
premiers temps, c'�taient les gentilshommes et les citoyens arm�s qui combattaient ;
mais, aussit�t qu'ils eurent commenc� � porter leurs armes sur la terre ferme, ils
d�g�n�r�rent de cette ancienne vertu, et ils suivirent les usages de l'Italie. D'abord, et
dans le principe de leur agrandissement, leur domaine �tant peu �tendu, et leur
r�putation tr�s grande, il eurent peu � craindre de leurs commandants ; mais, � mesure
que leur �tat s'accrut, ils �prouv�rent bient�t l'effet de l'erreur commune : ce fut sous
Carmignuola. Ayant connu sa. grande valeur par les victoires remport�es sous son
commandement sur le duc de Milan, mais voyant, d'un autre c�t�, qu'il ne faisait plus
que tr�s froidement la guerre, ils jug�rent qu'ils ne pourraient plus vaincre, tant qu'il
vivrait ; car ils ne voulaient ni ne pouvaient le licencier, de peur de perdre ce qu'ils
Nicolas Machiavel (1515) Le Prince 41
avaient conquis, et en cons�quence ils furent oblig�s, pour leur s�ret�, de le faire
p�rir.
Dans la suite, ils eurent pour commandant Bartolommeo de Bergame, Roberto da
San Severino, le comte de Pittigliano, et autres capitaines semblables. Mais tous don-
n�rent bien moins lieu d'appr�hender de leurs victoires, que de craindre des d�faites
semblables � celle de Vail�, qui, dans une seule journ�e, fit perdre aux V�nitiens le
fruit de huit cents ans de travaux ; car, avec les troupes dont il s'agit, les progr�s sont
lents, tardifs et faibles, les pertes sont subites et prodigieuses.
Mais, puisque j'en suis venu � citer des exemples pris dans l'Italie, o� le syst�me
des troupes mercenaires a pr�valu depuis bien des ann�es, je veux reprendre les cho-
ses de plus haut, afin qu'instruit de l'origine et des progr�s de ce syst�me, on puisse
mieux y porter rem�de.
Il faut donc savoir que lorsque, dans les derniers temps, l'empire eut commenc� �
�tre repouss� de l'Italie, et que le pape eut acquis plus de cr�dit, quant au temporel,
elle se divisa en un grand nombre d'�tats. Plusieurs grandes villes, en effet, prirent les
armes contre leurs nobles, qui, � l'ombre de l'autorit� imp�riale, les tenaient sous
l'oppression, et elles se rendirent ind�pendantes, favoris�es en cela par l'�glise, qui
cherchait � accro�tre le cr�dit qu'elle avait gagn�. Dans plusieurs autres villes, le [ Pobierz całość w formacie PDF ]